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La générosité comme sentiment à 'double tranchant'
dans les oeuvres choisies de
Jean Giono
par Edyta Kozik
Introduction
Giono est peut-être l`un des rares écrivains qui à deux catégories de lecteurs. Il y a ceux qui préfèrent la première moitié de l`oeuvre, celle d`avant guerre, et rejettent la deuxième et, inversement, et les autres qui préfèrent la deuxième, celle qui vient après les amères expériences du romancier dans les années 1939-45 et se détournent de la précédente. Cela montre que nous sommes face à deux formes d`écritures distinctes. La différence réside en géneral dans le fait que dans la première « manière » de Giono, c`est la nature qui est au centre de l`oeuvre et l`homme n`y est qu`un petit acteur essayant de trouver la place dans le grand spectacle des forces paniques du monde et avec lesquelles il lutte ; alors que dans les oeuvres de la deuxième partie de l`oeuvre gionienne, c`est l`homme qui occupe la première place mais son caractère est tout à fait différent de ses prédécésseurs : il est porteur ou victime d`un mal. Ainsi, à l`époque d`une idylle paysane et d`une odyssée mythique dans l`univers gionien succède une époque nouvelle, celle de l`apocalypse.
Dans ce travail nous proposons d`examiner les raisons de ce changement radical de la vision du monde et de l`homme, dû en partie à la guerre, en nous concentrant surtout sur l`analyse de la mutation qui se fait au niveaux de l`éthique humaine, après laquelle la frontière entre le bien et le mal, entre le sentiment d`amour et le sentiment de haine chez les hommes de l`univers gionien n`est pas facile à définir. Nous nous proposons de nous concentrer, dans ce qui suit, sur le problème de la générosité, un des sentiments les plus nobles dont Giono fait souvent le sujet de ses récits et dont il a toujours été potreur.
Ainsi, en nous référant aux faits de la vie du romancier et aux faits dominants de l`époque, nous nous donnerons pour tâche, en premier lieu, de présenter l`image que Giono donne de la générosité à différentes étapes de sa vie - de la vision optimiste de la générosité des premiers romans jusqu`à la déchéance totale de cette qualité qui à la fin confine à un vice.
Ensuite, nous essayerons d`analyser les diverses figures de générosité qu`incarnent les personnages de sauveurs, de guérisseurs, de prophètes-poètes de l`univers gionien, qui sont des « envoyés spéciales » de l`auteur pour combattre contre les malheurs de ce monde.
A travers l`examen de deux textes du temps de
transition comme Jean le Bleu, Que ma
joie demuere, ainsi que certains ouvrages de la deuxième manière,
comme Les Âmes fortes et Le Cycle
du hussard, nous tenterons de montrer que le système moral
normalement valable dans les circonstances ordinaires de la vie n`a pas presque
aucune chance de subsister dans le monde apocalyptique du vingtième siècle
peint par Giono, et qu`il conduit au désastre surtout quand il est nourri des
idées vides, d`un amour paradoxal, de la vision utopique d`une communauté
parfaite et d`une meilleure vie dans l`avenir.
Pour finir, nous montrerons qu`à l`échec de la
recherche d`un remède valable à tous les maux, Giono joue la carte
de l`exception en proposant avec le personnage du Hussard une quête
solitaire qui peut donner à chacun sa propre récette individuelle du
bonheur qui se réalise toujours malgré et en dépit de tous les obstacles.
Dès ses premières oeuvres datant d`avant la guerre de 1939, Jean Giono, un conteur-poète et un moraliste-partisan des valeurs positives, cherche à concilier son imagination effervescente et sa vision d`« amateur d`âmes ». A la sourde violence d`un monde voué aux machines et à la guerre, révolté contre l`état de la société moderne et fortement fasciné par les grands auteurs antiques comme Virgile et Homère, Jean Giono oppose le salutaire antidote d`une sagesse « primitive ». Il se montre porteur d`un message optimiste en « prônant le retour au monde de vie propre aux agriculteurs, bergers et artiants, aux vraies richesses en dehors desquelles l`homme moderne dépérit »[1], et il chante l`idéal de la vie simple au sein de la nature. Au même temps, il découvre le côté sauvage, panique des forces naturelles que l`homme de ses premiers romans affronte avec le courage des héros mythiques. A l`époque, il dote prèsque tous ses héros de la qualité la plus « noble » des toutes qu`est la générosité. Son univers romanesque est peuplé par les « hommes généreux avec des sentiments nobles, une grandeur d`âme, une connaissance de vie très supérieure et qui essaient d`organiser un monde, qui est une espèce d`âge d`or »[2] pour y vivre en accord avec la nature. Naturellement bons, ils sont des défenseurs acharnés de la vie et ne portent que des valeurs positives ou uniquement des qualités comme abnégation, le don de soi-même ou les services rendus aux autres. Ils sont nobles par la preuve constante de courage, d`altruisme, de bienfaisance ce qui veut dire que leur noblesse est plus de nature de valeur profonde que de noblesse titrée. Cette periode où la nature avec ses « vraies richesses » est au premier plan, et le personnage au second dure environs dix ans et elle est d`habitude considérée comme la «première manière » de l`écrivain.
L`arrivée de la guerre a une influence concidérable sur Giono. Profondément marqué par les atrocités du conflit de 1914, une vingtaine d`années plus tard, il est confronté de nouveau à l`expérience amère de la guerre. Des lors, la vision optimiste du monde disparaît de ses romans et le spectacle de la nature laisse la place à l`homme. C`est, en effet, après la déception causée par l`effondrement de ses idéés pacifistes et les espoirs placés en l`homme, après les désillusions et les épreuves qu`il a subies ( notamment les deux incarcérations de 1939 et de 1944-45), que Giono change complètement. En 1947, apparaît une écriture nouvelle - la « deuxième manière ». Dans le « plat »[3] des sentiments généreux d`avant-guerre, le romancier découvre un « côté noir ». L`homme nouveau, que Giono place désormais au centre de son oeuvre est un « coquin »[4], en général sans repères sûrs, porteur ou victime d`un mal. En expliquant ce changement radical dans la perception de certaines valeurs, et entre autres de la générosité, Giono déclare que c`est sa propre, amère expérience des hommes, que lui a permis de discerner leur vrai caractère, leur vraie nature. Son experience, en effet, l`amène à dire que « tous les hommes sont naturellement enclin au mal. Quand ils font le bien c`est par quelque raison secrète en accord profond avec leur intérêt [...]. Si cet intérêt n`existe pas, et s`ils ont le choix entre le bien et le mal, c`est le mal qu`ils choisissent »[5]. Ainsi, les valeurs morales communes ont fait place à un amoralisme spectaculaire qui les remplace en réalité par un autre système de valeurs, dans lequel tout s`efface devant le plaisir, le bonheur ou simplement la sécurité d`un seul. Les valeurs absolues et incontestables qu`incarnent et auxquelles croient les personnages de l`avant-guerre, n`existent presque plus pour les personnages de cette deuxième moitié de l`oeuvre. Il s`agit désormais de l`incertitude qui les caractérise. Ils sont dépourvus d`homogénéité qui caractérise leurs prédécesseurs. Ils sont également pleins de contradictions, et leur paraître ne corresponde pas souvent à leur être. Certains sont des profiteurs, des calculateurs, des avares et des égoïstes ou ceux qui vivent le réel à travers leurs passions démesurées, en se plaçant en dehors des normes et des règles communes, les personnages « monstres », surtout sur le plan moral. Ce côté négatif du caractère humain se fait découvrir aussi chez des personnages généreux de l`univers gionien. Leur générosité est excessive et démesurée, et leur dévouement total aux autres est de nature à causer souvent leur perte. Dans les récits : Que ma joie demeure, Les âmes fortes la figure du généreux est désormais à la croisée des deux directions : de l`ambiguïté et de la démesure. La générosité, ce sentiment digne d`éloge, pur de toute arrière-pensée devient pour Giono le terrain d`exploration scrupuleuse. « Dans quelles ténèbres sourd la générosité »?[6], écrit l`auteur sur une vieille photo anonyme, qui lui sert de modèle pour le personnage de Madame Numance, la généreuse rapace des Ames fortes. Face à Jean Amrouche, il précise que « dans les qualités généralement reconnues, comme la générosité, il y a un caractère égoïste et un caractère féroce »[7]. Au revers de la vertu, Giono discerne, avec un regard de moraliste, une sorte de désir, de volonté de puissance, qui est la marque des âmes fortes, qui sont prêtes d`aller jusqu`au bout d`elles-mêmes pour attendre leur but. Le romancier explique aussi ce qu`il comprend par cette valeur, dont il fait si souvent le sujet de ses romans. Selon lui, le généreux n`est pas un personnage normal. Il est exceptionnel, car son « égoïsme, qui lui ferait retenir les choses qu`il donne, se transforme en lui-même en une espèce de jouissance égoïste du fait même qu`il donne ». Ainsi, « au fond, [Giono veut] intégrer cette générosité, qui [lui] paraît être une chose parfaitement dépouillée d`égoïsme, dans cette fameuse chasse au bonheur »[8] à laquelle, il revient constamment dans ses romans. Pour lui, le généreux est un homme qui cherche son bonheur par le moyen de la générosité comme le fait par exemple Jean Antoine, père de Giono et au même temps personnage de Jean le Bleu (même si de cette experience le vieux cordonnier sort désabusé). Pourtant, même si cette volonté de donner et de se dévouer est une passion noble, au moment de dépasser la mesure, elle conduit à la catastrophe. Que ma joie demeure et Les âmes fortes sont des drames de la générosité sans limites, qui connaissent la fin désastrueuse. « J`ai d`abord posé le problème [...] cette générosité je voulais la pousser sans limites, jusqu`au bout ! C`est cette démesure, précisément, qui conduit la catastrophe »! dit Giono, et il ajoute ensuite que, « s`il fallait tirer une conclusion banale de ses deux livres-là, ce serait : Soyez généreux avec mesure »[9].
Dans les deux récits cités, où la générosité en son excès ne conduit pas au dénouement heureux, les personnages se réalisent dans la vie par le moyen de générosité. Trop passionés par cette vertu, ils dépassent facilement sa frontière. En faisant un pas de trop, ils touchent l`autre côté de cette qualité, le côté noir de la démesure. Mais les héros ne peuvent pas être démesurés autrement que par rapport à une certaine idée de la mesure. Giono la définit, dans un des entretiens en disant que ce sont des expériences humaines, qui lui ont permis d`être mesuré. Chaque fois qu`il dépassait les cadres de la mesure, il recevait « un coup sur le nez » et, c`est justement à ce moment là, qu`il savait que c`était la démesure.
Une autre composante, non moins importante que la guerre, qui a contribué au changement dans le façon de penser chez Giono est relative à ses lectures. A cette époque, il lit assiduément Pascal et Machiavel. Ce sont ces deux philosophes, qui d`une certaine manière, entraînent l`auteur à donner plus d`importance à l`étude de l`homme qui « est naturellement enclin au mal ». C`est surtout dans Machiavel que Giono voit « un psychologue et un amateur de passions » et qui l`aide à façonner définitivement ses personnages et leurs caractères. C`est grâce à lui que Giono met au jour un personnage qu`il portait en germe depuis longtemps et en qui s`unissent la duplicité et la démesure : le tricheur. Selon, Giono trichent ceux qui vivent dans l`illusion et qui veulent instaurer sur la terre un « ordre de l`imaginaire » où ils établissent leur royauté éphémère. Nous retrouvons cette image dans les personnages, ces « passionnés � monstrueux », qui ne font jamais de concessions mais ils vont jusqu`au bout d`eux-mêmes ou de leur quête et rien ne peut les arrêter. La tricherie c`est l`amour maternel illusoire de la généreuse Madame Numance. La tricherie c`est aussi la générosité de Bobi, qui ne donne que le bien des autres.
Nous pouvons dire également que ce changement que subit Giono et son oeuvre se prépare déjà avant 1945. Il germe dans l`esprit de Giono et il se concrétise petit à petit dans les textes de « transition » (déjà, dans Jean le Bleu, qui date de 1932, le père qui est décrit comme un homme d`une générosité exceptionnelle, avoue vers la fin du récit s`être trompé sur les hommes et prédit à son fils qu`il se « trompera [...] comme lui »[10]), mais c`est la deuxième guerre qui accélère le processus. En pleine guerre, Giono se montre un lecteur acharné de Cervantès, donc de l`auteur, qui a crée le grand et généreux chevalier de la Mancha. L`écrivain voit un rapport entre l`action de Don Quichotte et sa propre action pacifiste. Ce personnage symbolise pour lui la fin d`une époque héroïque, des vraies valeurs et l`avènement des temps modernes avec leur lot de médiocrité, d`absence de poésie et de grandeur. C`est l`époque ou le sens de l`héroïsme et de la générosité a changé également pour les « chevaliers errants » et pour « Don Quichotte ». Il incarne pour l`écrivain une valeur positive et non négative, une « grandeur » et non une « satire ». C`est cette valeur positive qui est succeptible de traduire sa propre action. En effet, Giono est pendant les années qui précèdent la guerre comme ce dernier chevalier, qui combat pour les valeurs nobles et grandes, tout en sachant que son action est peut-être vaine. Dans ses romans, il insiste sur le combat solitaire. A ses yeux, le pacifiste est toujours seul. Seul à défier les forces du mal, tout comme le personnage génereux de Cervantès.
Parmi les lectures du temps de la guerre, à côté de Cervantès et du philosophe florentin, il nous paraît nécessaire de noter aussi Stendhal. Car l`intérêt porté à cet écrivain constitue l`amorce d`une nouvelle esthétique chez Giono d`après la guerre, dont l`élément essentiel est le « sublime », qu`il met en oeuvre dans le « Cycle du Hussard ». En outre, selon Pierre Citron, c`est Stendhal qui lui fait découvrir Machiavel. Malgré la mutation causée par la guerre et en dépit de tout, Giono fait surgir, au milieu des personnages « coquins », un héros qui est une incarnation du rêve de l`auteur de la vraie chevalerie du vingtième siècle et le dernier bastion des valeurs nobles. Angelo, le généreux du Cycle du Hussard, est peut-être le seul héros positif dans les textes d`après la guerre, dans ce sens qu`il n`est pas seulement celui qui cultive les valeurs positives de générosité et de dévouement pour les autres, mais aussi il est imperméable au mal qu`il combat. Dans Le Hussard sur le toit, il traverse le pays frappé de choléra et soigne les cholériques mais il ne tombe pas malade lui-même. Dans Le Bonheur fou, il participe aux batailles et il est objet de conspirations, mais il en sort indemne (même si le dénouement laisse planer des doutes sur sa vie). Dans Mort d`un personnage, il soigne sa grand-mère agonisante en rompant toutes les barrières qui les ont autrefois séparé. Angelo incarne un idéal auquel l`auteur cherche à s`accrocher pour faire face à l`impureté et à la mort. C`est aussi le symbole d`un combat qu`il mène contre les fausses valeurs, contre la bassesse morale de certains et contre le désespoir qui l`assaille de toutes parts à ce moment de sa vie. C`est, enfin, le symbole d`une éthique, que Giono ne cesse de défendre avant et pendant la guerre.
Ainsi, pouvons nous dire que dans les oeuvres d`avant-guerre, l`image, que Giono donne de la générosité est celle à la manière de la grandeur des Anciens. Pour les récits d`après-guerre, elle est faite à la manière d`une part de Machiavel, au caractère sombre d`une passion féroce, et d`autre part dans l`esprit de Stendhal et son fameux personnage Fabrice del Dongo. Mais, même si l`écriture de Giono se fait dans le sillage des autres, il ne s`agit jamais de copier, de faire du Virgile ou du Machiavel. Giono, qui est un grand individualiste, s`en inspire seulement, tout en établissant son propre système des personnages avec leurs propres caractères et leurs conduites originales, dans un univers proprement gionien.
[1] Jarosz Krzysztof : J. Giono: les chroniques de la fin du monde.
In: A.Ab³amowicz, réd.: Le romanesque
français d`une fin de siècle a
l`autre, Katowice, Wydawnictwo Uniwersytetu �l¹skiego,1998, p. 128.
[2] Godard Henri : Jean Giono. Entretiens avec Jean Amrouche et Taos Amrouche. Présentés
et annotés par Henri Godard, Paris, Gallimard, La Nouvelle Revue Française,1990,
p. 291.
[3] Godart H. : J. Giono. Entretiens avec Jean Amrouche et..., Gallimard,1990, p. 291.
[4] Godart H. : J. Giono. Entretiens avec Jean Amrouche et.., Gallimard, NRF,1990,
p. 291.
[5] Giono Jean : Autres notes sur ��Machiavel��. In.: De Homère
à Machiavel, Paris, Gallimard, 1986, p. 235.
[6] Nelly Stéphane : �Entre femme et loup. Les Ames fortes�.
In: Bulletin de l`Association des Amis de Jean Giono n°5, 1976, p. 46.
[7] Godart H. : J. Giono. Entretiens avec Jean Amrouche et..., Gallimard, NRF,1990,
p. 206.
[8] Godart H. : J. Giono. Entretiens avec Jean Amrouche et..., Gallimard, NRF,1990,
p. 208.
[9] Godart H. : Jean Giono. Entretiens avec Jean Amrouche et...,1990, Gallimard, NRF,
p. 208.
[10]« Où je me suis trompé, c`est quand
j`ai volu être bon et serviable. Tu te trompera. Comme moi ». Giono
Jean, Jean le Bleu, Éditions Bernard
Grasset, 1932, p. 268.
Poursuivant les traces des généreux
dans l`univers romanesque de Giono, nous retrouvons la figure d`un autre sauveur
des malheureux que le père Antoine, celle de Bobi. Ce protagoniste de Que ma joie demeure, est un errant, qui-venu de nulle-part essaie
de faire revivre le bonheur dans les coeurs des paysans. Mais même s`il défend
des valeurs humaines nobles comme l`altruisme ou le bonheur apporté aux autres,
sa mission ressemble peu à celle du bon père Giono, car elle n`est
plus constituée de gestes (concrets) mais, au contraire, elle est faite des
paroles.
Un Christ maladroit, ce sont des mots, par lesquels Giono désigne Bobi
dans l`un de ses Entretiens avec Jean
Amrouche, et qui signalent la dimension spirituelle de l`oeuvre. Pourtant,
le titre, emprunté à un choral de Bach, intitulé Jésus,
que ma joie demeure, a été amputé du nom de Jésus. Giono s`en explique
ainsi: «La suppression du mot Jésus dans
le titre indiquait volontairement que je cherchais une générosité d`idées
sans Dieu »[1]. Voici donc
Bobi prophète généreux et engagé. Du prophète, il a le verbe
inspiré et l`idéniable autorité morale. Mais la religion qu`il professe
exclut toute transcendance. Son royaume est de ce monde, il est ce monde.
L`inconnu apparu une nuit au milieu des labours de Jourdan n`a qu`un projet: «Semer la joie, l`enraciner et faire qu`elle
soit comme un pré gras avec des milions de racines dans la terre et des milions
de feuilles dans l`aire»[2]. Bobi essaie par «les mots des poètes» de donner de la joie aux habitants du
plateau de Grèmone. Car, selon lui, personne ne peut vivre sans joie. La vie c`est joie. C`est
par la parole qu`il essaie de leur faire voir son rêve.
Mais,
est-ce que le personnage parleur est de ceux qui agissent ou bien la parole et
l`action sont deux domaines séparés? Est-ce possible qu`un poète puisse
trouver une recette de bonheur valable à tous les gens? Ces deux
questions posées déjà dans Jean
le Bleu et Virgile, ont connu des
réponses négatives. Dans Que ma joie
demeure l`interrogation va vers le même sens. C`est du nouveau une
tentative, de la part de Giono, de réconcilier la poésie et l`action. Engagé
à l`époque, dans la lutte
contre l`absurdité de la politique fasciste qui envahisse toute l`Europe, il
propage dans ses essais des idées pacifistes. Il s`y oppose énergiquement
aux idées guerrières et essaie de détourner les gens du désir d`aller
jouer le héros sur les champs de bataille car selon lui, l`essence de l`héroïsme
ne consiste pas à chercher à se faire tuer, mais dans tout ce qui
permet de soutenir la vie.
Que ma joie demeure, publié en 1934, est un livre où Giono, ayant longuement observé
la naissance de la nouvelle civilisation (industrielle) et l`apparition des
prophètes de la guerre comme Mussolini et Hitler, met au jour encore une
fois son rêve de la societé idéale et prêche le retour aux sources,
à la vie simple au sein de la nature. Son livre connaît un grand succès
auprès du jeune public et est suivi de l`expérience du Contadour[3].
Le période de la naissance et de la diffusion
de Que ma joie demeure est lié à la propagation des idées de
gauche desquelles Giono se détache vite, en disant avoir compris leurs vraies
intentions. Depuis, l`écriture qui est l`essence de son action, cesse de servir
de terrain aux combats politiques.
Il semble donc découvrir, encore
une fois, que l`action est la poésie ne peuvent pas aller de paire. Est-ce que
c`est aussi le cas de Bobi? Voyons, par la suite, si la générosité de paroles
qu`apporte ce personnage aux gens du plateau suffit pour que la joie revienne et
demeure.
Comme nous venons de le dire, chez Bobi la générosité est de nature purement poétique. Ce nouveau chevalier gionien agit en se servant de sa riche imagination et de son don du beau parleur. Les mots et les idées constituent le moyen de porter secour aux gens ( une sorte de remède au mal ) qui, dans la monotonie de la vie soumise à l`utilité dans tout ce qu`ils font, ont perdu le sens du bonheur.
Au début de Que ma joie demeure, Bobi surgit à
l`improviste au milieu du champ que l`un des paysans, Jourdan, laboure au clair
de lune. Son arrivée sur le plateau de Grémone où quelques fermes
luttent contre le vent et contre l`ennui, change le cours des choses. Lors de sa rencontre avec Jourdan,
Bobi, nommé acrobate de la parole, fait preuve de son extraordinaire don de poète.
Il trouve une formule quasi magique pour parler des étoiles: «Orion fleur de carotte». Il parle
d`une si belle façon que le paysan, est aussitôt séduit. D`ailleurs, l`arrivée
de Bobi est en quelque sorte attendue par les habitants, et particuilèrement
par Jourdan, car celui-ci se rend compte qu`il leur manque quelque chose: «Jourdan chercha le regard de ces hommes [...] Et alors il s`aperçut,
que, dès qu`ils s`arrêtaient de rire, ils avaient le même
souci au fond de l`oeil. Plus que du souci, de la peur. Plus que de la peur, du
rien»[4].
Il attend celui qui peut tout faire changer :
«...�La joie peut demeurer�, se dit
Jourdan.�Seulement, se dit-il, il faudrait que celui-là vienne.�
[...] Il lui avait suffi de savoir que des hommes existaient qui avaient des
mains soignantes et qui n`avaient pas peur des grosses maladies qui se donnent.
Un de ceux-là. Voilà ce qu`il fallait. Un homme avec un coeur bien
verdoyant»[5].
Notons que Jourdan donne à celui qu`il attend
la faculté de soigner sans avoir peur des maladies. C`est aussi l`attitude du père
de Giono tel qu`il est décrit dans Jean
le Bleu, comme nous venons de le voir. Bobi est
donc attendu comme un Messie. Lors de leur première rencontre, Jourdan
remarque tout de suite un language très particulier, inhabituel pour lui.
En plus de sa formule par laquelle il se fait connaître de Jourdan: Orion «fleur de carotte», Bobi s`exprime par
d`autres images ou pose des questions un peu étranges pour son interlocuteur.
Il lui dit par exemple que les montagnes ressemblent à «des bateaux». Il veut savoir également si Jourdan plantait des «chênes» ou semait des «pâquerettes». Un propos auquel ce
dernier n`était pas habitué, au point que, tout au long de leur conversation,
il ne cesse de lui dire «pardon». Ce
n`est qu`un peu plus tard que Jourdan dit: «J`ai
compris». Bobi vient de donner sa première leçon: «-Voilà, dit l`homme, qu`on est dèjà très
loin dans la leçon et qu`on n`a pas suivi l`ordre». Comme si la leçon ne
pouvait pas être comprise
uniquement grâce à la parole, Bobi se met à faire des tours
d`acrobatie. Il se met donc à faire changer chez les fermiers leur façon
de voir le monde, leur manière d`être en essayant de les guérir de
leur tristesse et de cette lèpre qui les dévore. C`est ce qu`il dit
à Jourdan: «Tu m`as demandé si
j`avais soigné les lépreux. J`ai dit non. C`est la vérité. Mais je sais les
soigner. Et peut-être que j`en ai envie»[6].
Hébergé par les fermiers, à la Jourdane, Bobie régale ses hôtes d`idées fantastiques et d`initiatives tout à fait révolutionnaires. Au premier gel, il vide un gros sac de blé dans la cour pour y attirer les oiseaux des alentours. Ils arrivent par dizaines en animant la grisaille du matin. Ensuite, il convainc Jourdan de semer des narcisses dans le champ prêt à recevoir le blé. Sa passion pour l`inutile est si communicative que les fermiers commencent à penser qu`elle est la clef du bonheur. Lorsque Bobi, parti acheter des graines, revient un mois plus tard accompagné d`un cerf, tous les habitants du plateau sont excités. Les voisins semblent se donner le mot pour se retrouver chez Jourdan et improviser un repas mémorable. Le banquet rassemble tous et fait revivre les scènes antiques où l`on mange le chevreau de Dionysos[7], pareil à celui dont, «Jourdan, à genoux, surveillait le rôtissement». Les paysans partagent sa «chair d`or et un vin qui était comme chargé de petites feuilles d`or et de fleurs de lumière quand il coulait»[8]. Grâce à Bobi a lieu une sorte de communion, toute païenne, qui transforme un simple repas en bacchanale. Cette fête improvisée en l`honneur du cerf, annonce de profonds changements. Bobi tient l`assemblé sous son charme. Les hommes se mettent à croire qu`ils peuvent mener une autre vie, les femmes se laissent séduire par l`acrobate-poète.
Le morose plateau de Grémone semble avoir retrouvé la joie. Cette
joie suppose en effet une philosophie fondée sur le partage, et unie par la
solidarité. Chacun participe au repas en y apportant quelque chose: un chevreau,
un lièvre, du vin. Il se fait un partage des biens et un partage des tâches.
Tel est l`évangile du nouveau prophète, dont le projet prend alors une
dimension sociale. Il s`agit de faire perdre aux hommes le sens de l`utile, de récuser
le travail triste, de démontrer l`inanité de l`argent, et de choisir comme
devise «tous pour tous»[9].
Il s`ouvre pour tous sur le plateau une période d�éuphorie.
Suivant les conseiles de Bobi l`un abandonne la culture pour réaliser son rêve
d`élever des moutons, non par profit mais par plaisir, un autre sème
à son tour des fleurs. D`un commun accord, ils décident alors de
travailler leurs terres ensemble et d`en partager les récoltes. Bobi a une si
grande influence sur ceux qu`il fréquente que certains d`entre eux commencent
à voir le monde et à s`exprimer comme lui. C`est ainsi que Jacquou
parle:
«[Il] continuait
à parler de se rêves, de ses animaux merveilleux, de ses taureaux
presque trop beaux pour être sur terre, de ses vaches avec des mamelles de
crème, avec même parfois des mots, et on se demandait où
Jacquou allait les chercher. [...] Il parlait comme si c`était vrai, comme si
ces animaux étaient déjà là. Et ils étaient encore dans le rêve»[10].
L`ivresse et la danse, qui libèrent les corps, préludent à cet affranchissement des contraintes imposées par la civilisation dont les brèves intrusions au sein du récit ont toutes des allures de cauchemar.
Bobi trouve donc des remèdes et des recettes pour vivre heureux. Il les a pour tous les habitants du plateau. Il espère redonner à l`homme, sa juste place dans le monde et il l`amène à se transformer. D`abord Jourdan le premier converti, retrouve la jeunesse et la passion pour l`inutile. Marthe qui n`a pas connu la maternité, nourrit des oiseaux et sent revivre dans son coeur de nouvelles tendresses. Randoulet dépense toutes ses économies pour acheter un grand troupeau de moutons de ses rêves. Enfin Carle libère son étalon qu`il tenait enfermé dans l`étable, et Barbe, la vieille paysanne, retrouve le rythme joyeux de son ancien métier à tisser. Tout le monde suit ses idées et les considère comme les uniques clefs du bonheur.
Pourtant il y a au plateau un homme à qui les images de Bobi ne
suffisent pas pour pouvoir vivre heureux. C`est le fermier de la Fra-Joséphine (communiste)
qui préconise un programme basé sur l`action. Selon lui, pour pouvoir trouver
le bonheur il faut travailler avec le moins de mots possible et ne se fier qu`à
la raison. Les mots peuvent toucher le fond des choses mais, ils n`arrivent
jamais à les faire marcher. Dans leur longue conversation, celui-ci dit
en effet qu`il: «voi[t] la chose sur le plan social», et en disant «nous»
il semble parler au nom de plusieurs. Il
donne également son avis sur le rôle des poètes (sur des hommes comme
Bobi): «J`ai dit qu`il nous faudra des poètes,
mais je dis aussi que, de temps en temps, nous serons obligés de leur foutre
des coups de pieds au cul», car
le bonheur construit de mots n`est pas solide. Ce qui est solide c`est le
travail qui mène au progrès. C`est le côté de «devenir» et «devenir c`est en avant. Jamais en arrière» donc le contraire de «redevenir»,
de revenir à la joie simple au sein de la nature prêchée par Bobi[11].
Est-ce que le fait de vivre autrement, pour le plaisir, pour la passion relève d`une illusion? L`expérience de Bobi «conduit au désastre», selon les propres mots de Giono, qui ajoute que le thème central de Que ma joie demeure, c`est la générosité sans limites. Et celle de Bobi est pure générosité d`idées. Qu`est-ce qu`il donne vraiment de lui-même à Joséphine dont il accueille les avances comme une aubaine, à Aurore dont il ne comprend pas les propos désespéré? L`hospitalité de Jourdan et de Marthe est avant tout pout lui une occasion de disposer du bien d`autrui à sa fantaisie.
A l`exercice périlleux de la générosité sans limites, Bobi est un perdant. Sans pressentir le drame final, il ne sait que jongler avec les idées et des images. Les unes comme les autres échouent à s`enraciner dans la réalité. Giono insiste souvent dans ses entretiens sur l`aspet irréel de son personnage, et sur la fausse magie qui baigne le recit. La générosité y frôle la tricherie, la réforme de la philosophie des paysans du plateau sent l`artifice de l`utopie. Mais le problème n`est pas seulement d`ordre moral ou économique, il touche aussi à l`esthétique. Car c`est en poète que Bobi veut changer le monde. Le grain jeté aux oiseaux, les plantations de narcisses ou la présence du cerf sont des actes gratuits, destinés à faire naître des visions, à peupler d`images le triste pays de Grémone. Son échec ne peut donc que remettre en cause la validité des images elles-mêmes au sein d`une création dont elles semblaient jusqu`alors être la matière.
Bobi échoue, ayant longtemps nourri les paysans de ses belles mais
vides idées. Aurore, la jeune fille s`éprend de lui. Malgré son coeur de poète,
bon et sensible, Bobi n`aperçoit pas cet amour violent qu`Aurore ne cesse pas
de lui manifester. Désespérée de se voir dédaignée, elle se suicide, d`un
coup de fusil, comme son père des années auparavant. Au soir du drame,
profondément touché, Bobi quitte Grémone.. «encore plein d`images qui se
battaient comme au jeu de cartes. Il n`avait plus l`impréssion d`être
dans le monde. L`image d`Aurore morte avait remplacé son coeur»[12]. Entre la réalité et lui se
dresse cette icône «d`un épais sang noir». L`image n`est plus un
moyen de fusion avec le monde, mais au contraire un obstacle irrémédiable.
Elle est le signe d`une douloureuse séparation entre le corps et l`esprit: «il ne pouvait plus imaginer
son propre corps, ni le sentir, comme on fait d`habitude. Il était in faisceau
d`images»[13]. Des
images sans consistance et sans profondeur, désormais, aussi plates que des
cartes à jouer. D`avoir trop voulu les faire exister en actes, Bobi sème
le désastre. Elles se sont révélées aussi mensongères que ces cartes
à jouer qui, pour Giono, sont l`emblème de la tricherie. A la fin
il fait entendre: «Tu veux savoir ce que tu es?
demande en Bobi cette part de lui-même qui réclame justice. La tisane de
pavot que Marthe faisait bouillir pour Mme Hélène, voilà ce que
tu es. Tu endors »[14], et il meurt foudroyé.
Aux hommes qui n`ont pas le courage de vivre dans l`énorme tristesse et dans la solitude de la vie, le jongleur d`images n`apporte que l`illusoire sommeil des rêves, dont ils s`éveillent plus seuls que jamais.
[1] Godart H. : J. Giono. Entretiens avec Jean Amrouche et.., Gallimard, NRF,1990,
p. 211.
[2] Giono J. : Que ma joie demeure, Éditions Bernard Grasset, 1996, p. 176.
[3] Au départ c`est une excurtion qui doit amener Giono et les jeunes �ajistes�, durant l`été 1935, vers la montagne de Lure à la découverte des paysages de ses romans. Un ancident, une luxation du genou interdit à Giono d`aller plus loin. La marche se transforme en un séjours improvisé qui pour beaucoup est le point de départ d`une grande aventure spirituelle. Par la suite, Giono et ses amis y achètent de vielles fermes et créent ainsi une sorte d`�organisation Giono contre la guerre�. Dès le septembre 1935, les séjours se déroulent à intervalles réguliers jusqu`à la veille de la guerre. L`ampleur du phénomène étonne; une revue, Les cahiers du Contadour, est publiée. Les essaies Refus d`obéissance de 1937, Letrres aux paysan de 1938 sont d`ardents plaidoyers pour la paix du temps du Contadour. Mais le 3 septembre 1939 la guerre est déclarée et le 16, Giono est arrêté pour le défaitisme.
[4] Giono J. : Que ma joie demeure, Éditions Bernard Grasset,1996, p. 11.
[5] Giono J. : Que ma joie demeure, Éditions Bernard Grasset, 1996, p. 13.
[6] Giono J. : Que ma joie demeure, Éditions Bernard Grasset, 1996, p. 29.
[7] Avec le personnage de Bobi dans l`univers
romanesque de Giono commence l`initiation dionysiaque. C`est-à-dire
qu`après une longue periode consacreé à présenter la lutte de
l`homme contre les forces de la nature,l`auteur
quitte l`univers de PAN et entre dans celui de Dionysos. La nature n`est plus
montrée comme l`ennemie de l`homme, elle n`a plus le caractère panique (comme
dans Colline, Regain ou Batailles dans la montagne), mais elle constitue avec lui
un ensemble. Ce changement est né
de la volonté de reconcilier les gens avec la terre et les faire vivre en
harmonie, en un accord totale ou il n`y a pas question d`aucune souvernté,
d`aucune soumission. C`est une
sorte de communion entre les deux éléments faisants partie du même
univers.
[8] Giono J. : Que ma joie demeure, Éditions Bernard Grasset, 1996, p. 148.
[9] Cet idéal d`une vie communautaire, au contact de la
nature est celui du Contadour.
[10] Giono J. : Que ma joie demeure, Éditions Bernard Grasset, 1934, p. 351.
[11] Giono J. : Que ma joie demeure, Éditions Bernard Grasset, 1943, p. 216-222,
[la conversation de Bobi avec le fermier].
[12] Giono J. : Que ma joie demeure, Éditions Bernard Grasset, 1934, p.394.
[13] Giono J. : Que ma joie demeure, Éditions Bernard Grasset, 1934, p.394.
[14] Giono J. : Que ma joie demeure, Éditions Bernard Grasset, 1934, p.399.
Generosity as a double-edged sentiment
Summary in English
The present paper discusses the perception of man's position in the world, as it is presented in the novels from the second period of Jean Giono's writing. Through a system of complex metaphor, Giono reveals tragic mechanisms governing people's fates in the time of the apocalypse. The purpose of the present paper is to point out how Jean Giono, as a result of personal war experiences, expresses a paradoxical view that generosity, traditionally understood as a blessing, fails in the present society plunged in modernity's chaos. Generosity becomes futile or even disastrous, when it is delivered by means of unrealistic ideologies or preposterous intentions. Giono entrusts his protagonists with the responsibility to fight evil, either by providing medical assistance, giving advice, keeping others' spirits up or helping regain the joy of life through poetry. However, their altruism is doomed right from the start -- because it is motivated by egotism. This is how generosity gets out of hand, and having turned into an obsession, it annihilates its bringers. Having parted with the tradition of naive faith in the power of sacrifice, Giono provides subtle hints at how evil can be resisted, suggesting that hope may lie in genuine sentiment directed at people's individual needs.
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(2001) Edyta Kozik SZCZESNIAK,
edycja@hotmail.com or edycja@canada.com
Introduction
1. La générosité gionesque - valeur en mutation.
2. Une générosité démesurée - le chemin le plus court pour aller à sa perte.
2.1. Une générosité au service de l`illusion d`un avenir meilleur. Jean Antoine Giono,
un Icare en chute.
2.2. Une générosité des idées. L`histoire de Bobi, un Christ maladroit.
2.3. Une générosité excessive. Madame Numance, une donnatrice féroce.
3. Le triomphe des valeurs nobles sur la bassesse et la lâcheté humaines.
3.1. Angelo Pardi - chevalier d`un sang généreux.
3.2. Une grande âme, le seul remède contre l'épidémie de l'égoïsme.
3.3. La guerre, le meilleur divertissement d'une âme noble.
3.4. Angelo III, héritier du sang généreux.
Conclusion
Résumé en polonais
Bibliographie
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